Les cinq agrégats

La souffrance (dukkha) est la première des quatre nobles vérités. Elle est universelle et se manifeste sous plusieurs formes. Ce n’est pas seulement la souffrance au sens habituel (l’opposé du bonheur). La souffrance intègre les notions d’impermanence (anicca) et de non-soi (anatta). La souffrance a de multiples facettes et divers degrés d’intensité. Tout le monde l’expérimente, elle est inhérente la vie.

La notion de dukkha peut-être considérée de 3 points de vues différents:

  • Dukkha en tant que souffrance ordinaire
  • Dukkha en tant que souffrance causée par la changement
  • Dukkha en tant qu’état conditionné

De plus, bhikkhous, voici la noble vérité du mal-être: la naissance est mal-être, le vieillissement est mal-être, la maladie est mal-être, la mort est mal-être, l’association à ce qui est désagréable est mal-être, la séparation d’avec ce qui est agréable est mal-être, ne pas obtenir ce qu’on désire est mal-être; en bref, les cinq accumulations d’attachement sont mal-être.

SN 56.11 Dhammacakkappavattana Sutta

Le bouddha expose les différentes composantes de la souffrance :

  • La naissance
  • La vieillesse
  • La maladie
  • La mort
  • L’union avec ce qui est haï
  • La séparation avec ce qui est aimé
  • La non obtention de ce qui est désiré
  • Les cinq agrégats (khanda)

Les cinq agrégats font partie de la première Noble Vérité du Bouddha. Le Bouddha affirma en effet dans sa première Noble Vérité que les cinq agrégats d’attachement sont dukkha. Ils sont les composantes de tout « être » en ce monde, instruments de l’attachement et donc de la souffrance. Ce que nous appelons un « être » dans notre langage habituel n’est qu’une combinaison des cinq agrégats en perpétuels changements, ce n’est qu’une étiquette que l’on donne à cet ensemble d’agrégats, en pensant qu’il existe un « soi ».

L’attachement à l’un ou plusieurs des cinq agrégats, s’il n’est pas tranché, provoque la souffrance chez celui qui croit en son existence et n’a pas conscience de l’impermanence des phénomènes (anitya), ni de l’absence de soi (anātman). Dans ce cadre, « les cinq agrégats d’attachement sont souffrance ». Ces agrégats d’attachement (upādāna-skandha) sont aussi traduits par « agrégats d’appropriation ».

Les cinq agrégats (pañcaskandhī) constitutifs de l’individu sont:

  1. La forme corporelle: rūpa
  2. La sensation: vedanā
  3. La perception: samjñā
  4. La formation mentale: samskāra
  5. La conscience: vijñāna

La première famille est l’agrégat de la matière : rûpakkhanda 

Il s’agit des quatre éléments fondamentaux (l’air, la terre, le feu et l’eau), leurs différents états (fluidité, solidité et mouvements) et leurs dérivés. Par dérivés on désigne les organes sensoriels et mentaux (la vue, l’ouïe, l’odorat, l’olfaction, le toucher) et les objets leur correspondant dans le monde (les formes visibles, les sons, les odeurs, les goûts, le contact des objets avec le corps). A ces cinq modes de relation entre une faculté et son pendant dans le monde, est ajoutée un sixième avec l’organe mental d’un côté et les pensées, idées ou conceptions de l’autre.

La deuxième famille est l’agrégat des sensations : vedanâkkhanda 

Toutes les sensations, qu’elles soient agréables, désagréables ou neutres font partie de ce groupe. Ces sensations sont de six catégories : celles issues du contact de la vue avec les objets visibles, de l’ouïe avec les sons, de l’odorat avec les odeurs, de l’olfaction avec les goûts, de l’organe mental avec les pensées.

La troisième famille est l’agrégat des perceptions : saññâkkhanda 

La perception c’est l’identification et la reconnaissance des six catégories de sensations.

La quatrième famille est l’agrégat des formations mentales : sankharakkhanda 

Le bouddhisme met l’accent sur le lien entre formations mentales et volontés ou actions et intègre toutes les actions volitionnelles dans ce groupe (volition = action par laquelle la volonté se détermine). C’est au moyen du corps, de la parole et de l’organe mental que le sujet agit.
De la même manière que pour les sensations et les perceptions, les actions volitionnelles se répartissent en six catégories (voir « agrégat de la matière).

Les actes volitionnels rentrent dans le schéma du kamma, car ils font suite à des actes antérieurs et engendreront à leur tour d’autres actes. Ce ne sont bien entendu pas les sensations et les perceptions en tant que telles qui ont des effets karmiques.

Le bouddhisme a dénombré cinquante deux activités mentales qui forment la famille de l’agrégat des formations mentales. Parmi les plus fréquemment citées et qui elles ont des effets karmiques, on trouve : le désir, la répulsion, l’ignorance, la vanité, l’idée de soi, … On trouve également : la confiance, la détermination, la volonté, la sagesse, l’attention, la concentration, …

La cinquième famille est l’agrégat de la conscience : viññânakkhandha 

La conscience est comprise ici comme la compréhension d’une certaine constance d’un certain nombre de réalités ayant pour fondement les facultés sensorielles et l’organe mental et ayant pour objet les données correspondantes du monde physique (formes visibles, sons, odeurs, sensations corporelles) ou mental (idées, pensées).
Il ne s’agit pas d’une identification, d’une reconnaissance figée d’une réalité immuable. Il s’agit tout simplement de prêter attention au fait qu’il y a telle forme, tel parfum, telle sensation, sans y rajouter de valeur ni de jugement.

Prêter attention à la simple apparition sensorielle d’une chose ou d’une pensée sans « intervenir » dans le processus est une démarche fondamentale dans la pensée bouddhiste.

Pour la pensée bouddhiste, la conscience elle-même rentre dans la catégorie des éléments conditionnés, est elle-même en perpétuel changement et est donc appelée à disparaître purement et simplement.

Comme ces composantes de la conscience sont impermanents, ils sont à leur tour dukkha.

En voyant ainsi, un noble disciple instruit devient désenchanté vis-à-vis de la Forme, désenchanté vis-à-vis du Ressenti, désenchanté vis-à-vis de la Perception, désenchanté vis-à-vis des Constructions, désenchanté vis-à-vis de la Conscience. Étant désenchanté, il devient détaché. Étant détaché, il est libéré. Étant libéré, il sait: ‘Je suis libéré’. Il comprend: ‘C’en est fini de la naissance, la vie brahmique a été menée à son but, ce qui devait être fait a été fait, il n’y aura plus aucune autre existence.

SN 22.59 Anattalakkhana SuttaS

Il est important de noter que pour le bouddhisme la notion d’ « être » s’arrête là et qu’il n’y a rien d’autre dans la notion d’être que l’ensemble des cinq agrégats. Il n’y a pas un autre « être » ou un autre « moi » derrière ou autour des cinq agrégats qui éprouverait la souffrance ou le plaisir.