Dukkha saccă : la souffrance

Dukkha est la première des quatre nobles vérités. Mal-être, insatisfaction, souffrance, douleur, le mot apparaît dans différents contextes:
Elle est universelle et se manifeste sous plusieurs formes. Ce n’est pas seulement la souffrance au sens habituel (l’opposé du bonheur). La souffrance intègre les notions d’impermanence (anicca) et de non-soi (anatta). La souffrance a de multiples facettes et divers degrés d’intensité. Tout le monde l’expérimente, elle est inhérente la vie.

La notion de dukkha est centrale dans le bouddhisme et la parfaite compréhension de dukkha est fondamentale pour la pleine compréhension du Dhamma. C’est pourquoi le seul mot de souffrance ne doit pas et en peut pas être retenu comme seule traduction du mot dukkha.

De plus, bhikkhous, voici la noble vérité du mal-être: la naissance est mal-être, le vieillissement est mal-être, la maladie est mal-être, la mort est mal-être, l’association à ce qui est désagréable est mal-être, la séparation d’avec ce qui est agréable est mal-être, ne pas obtenir ce qu’on désire est mal-être; en bref, les cinq accumulations d’attachement sont mal-être.

SN 56.11 Dhammacakkappavattana Sutta

Le bouddha expose les différentes composantes de la souffrance :

1 – Dukkha dukkha
2 – Viparinama dukkha
3 – Sankhara dukkha

4 – Paticchanna dukkha
5 – Atpaticchanna dukkha

6 – Pariyaya dukkha
7 – Nippariyaya dukkha

Dukkha dukkha
Parmi ces sept types, les douleurs corporelles, les courbatures et les malaises sont une forme de souffrance tout comme l’inquiétude, la misère, le malheur et la tristesse en constituent une autre. Les deux formes se combinent pour constituer le premier type de souffrance: dukkha-dukkha. Sa nature est la souffrance, son nom est la souffrance. C’est donc dukkha-dukkha, redoutée par tout être sensible.

Viparinâma dukkha
Viparinâma dukkha pourrait être traduit par dukkha dû au changement. Cette forme intéresse tous les états plaisants de satisfaction physique et mentale, où le sujet se sent bien et jouit pleinement de ses sens. Il intervient toujours des circonstances qui font que ce plaisir est interrompu. Il en résulte un sentiment de perte de cet état, extrêmement frustrant, douloureux, déstabilisant. C’est ce changement qui se tient toujours à l’horizon de cette plénitude qui est dukkha.

Alors que beaucoup estiment que ces circonstances sont imprévisibles, soudaines, accidentelles, le bouddhisme considère qu’il est dans la nature même de cette pleine satisfaction ne pas durer, de s’arrêter, de se dissiper.

Sankhara dukkha
Une attitude d’indifférence au plaisir en lui-même permet de se prémunir de dukkha. Cet état neutre, médial, qui par nature n’est ni douloureux ni agréable, est appelé sentiment équanime (upekkhă vedană).

Cette équanimité neutre n’existe cependant pas en permanence. Elle nécessite le maintien constant des conditions nécessaires à la continuité de cet état neutre. Cela implique un effort laborieux qui, bien sûr, est dukkha. Ce sentiment d’équanimité, ni douloureux ni agréable, est appelé sankhăra dukkha car il répond à l’existence de certaines conditions qui lorsque qu’elles ne sont pas réunies font disparaître cet état. Tous ces états, toutes ces formations mentales, toutes ces perceptions sont conditionnées, et en tant que telles sont dukkha.

Paticchanna dukkha
Les affections physiques telles que les maux d’oreilles, de dents, de tête, les flatulences et les troubles mentaux, ce sont les « souffrances cachées » parce qu’elles ne sont connues que de la personne qui souffre et ne le deviennent pour les autres que lorsqu’elles leur sont signalées. En tant que telle, la souffrance n’est pas ouvertement évidente, elle est également appelée « souffrance non apparente non évidente » (apataka dukkha).

Atpaticchanna dukkha
A l’inverse, toutes les blessures corporelles apparentes ( les plaies, les bosses, les hématomes etc…), qui ne sont pas liées à la nature intrinsèque du corps ou de l’organe mental, mais qui ont des causes externes. C’est pourquoi on l’appelle « souffrance apparente » (apaticchanna dukkha) ou « souffrance évidente » (pakata dukha-dukkha).

Pariyaya dukkha
Il s’agit ici de dukkha en devenir. Toutes les perceptions ou formations mentales, toutes les orientations qui ne sont pas immédiatement dukkha, mais peuvent conduire à une situation où dukkha va nécessairement se présenter sont désignées comme pariyâya dukkha.

Nippariyaya dukkha
Littéralement nippariyâya dukkha signifie dukkha directe. Il s’agit de cette forme de dukkha intrinsèque et consubstantielle qui apparaît et réapparaît de la même manière et en fonction des mêmes circonstances. C’est le dukkha qui advient présentement et inévitablement.

Cette forme de dukkha directe ou dukkha intrinsèque vient en contre point de la forme de dukkha précédente qu’on pourrait appeler « dukkha à retardement » ou « dukkha indirecte ».

Que ce soit anciennement ou que ce soit aujourd’hui, je ne décris rien d’autre que dukkha, ainsi que la cessation de dukkha.

SN 22.86 Anurādha Sutta

Le bouddha historique expose et décompose de manière simple des différentes composantes de dukkha. Il démontre dukkha en désignant toutes les situations où se rencontre dukkha:

1 – la (re)naissance,
2 – la vieillesse,
3 – la maladie,
4 – la mort,
5 –
6 –
7 –
8 –
9 – l’union avec ce qui est haï,
10 – la séparation d’avec ce qui est aimé,
11 – la non-obtention de ce qui est désiré,
12 – les cinq agrégats.

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