Les trente-et-un plans de l’existence

L’inéluctable loi du kamma garantit que chacune de nos actions — qu’elle soit physique, en paroles, ou en pensée — entraîne des conséquences correspondant à la correction ou à l’incorrection de cette action. On peut souvent observer ce processus de première main dans nos propres vies, même si les effets n’en sont pas nécessairement immédiatement apparents. Mais le Bouddha a aussi enseigné que nos actions ot des effets qui s’étendent bien au-delà de notre vie présente, déterminant ainsi la qualité de renaissance que nous pouvons attendre après la mort: si on agit de façon correcte et adroite, on se destine à une renaissance favorable; si on agit de manière incorrecte et maladroite, une renaissance déplaisante nous attend. C’est ainsi que nous sommes ballotés depuis des éons à travers le samsara, propulsés d’une naissance à l’autre par la qualité de nos choix et de nos actions.

Les suttas décrivent trente-et-un « plans » ou « domaines » d’existence distincts dans lesquels les êtres peuvent renaître au cours de cette longue errance à travers le samsara. Cela va des extraordinairement sombres, sinistres, et douloureux domaines infernaux jusqu’aus plus sublimes, raffinés, et exquisément bienheureux domaines célestes. L’existence dans chacun des domaines est impermanente; dans la cosmologie bouddhiste, il n’y a pas de ciel ou d’enfer éternels. Les êtres sont nés dans un domaine particulier selon et leur karma passé et leur karma au moment de mourir. Lorsque la force karmique qui les a propulsés dans ce domaine est finalement épuisée, ils s’éteignent et renaissent encore une fois ailleurs selon leur karma. Et c’est ainsi que se poursuit l’épuisant cycle.

Les domaines d’existence sont habituellement divisés en trois « mondes » (loka) distincts, listés ici en ordre décroissant de raffinement:

  • Le monde immatériel (arupa-loka). Consiste en quatre domaines qui sont accessibles à ceux qui meurent tout en méditant dans les jhanas sans forme.
  • Le monde matériel fin (rupa-loka). Consiste en seize domaines dont les habitants (les devas) font l’expérience de degrés de plaisir mental extrêmement raffinés. Ces domaines sont accessibles à ceux qui ont atteint au moins un quelconque niveau de jhanaet qui ont donc réussi à (temporairement) supprimer la haine et la mauvaise volonté. On dit d’eux qu’ils possèdent des corps de lumière extrêmement raffinés. Le plus élevé de ces domaines, les Pures Demeures, ne sont accessibles qu’à ceux qui ont atteint le « non-retour », ce troisième stage de l’Eveil. Les mondes matériel fin et immatériel constituent tous ensembles les « cieux » (sagga).
  • Le monde sensuel (kama-loka). Consiste en onze domaines dans lesquels l’expérience — autant agréable que non– est dominée par les cinq sens. Sept de ces domaines sont des destinations favorables, et comprennent notre propre domaine humain de même que plusieurs domaines occupés par les devas. Les domaines les plus bas sont les quatre « mauvaises » destinations, qui comprennent les domaines animal et infernal.

Tableau des 31 domaines d’existence

Domaine Commentaires Cause de renaissance ici
    Le monde immatériel (arūpa loka)
31. Ni perception ni absence de perception (nevasaññā nāsaññāyatana) Les êtres de ces plans étant dépourvus de tout sens physique, ils ne sont pas en mesure de recevoir les enseignements du Dhamma. 4e arūpa jhāna
30. Néant (ākiñcaññāyatanaṃ) 3e arūpa jhāna
29. Conscience infinie (viññāṇañcayatana) 2e arūpa jhāna
28. Espace infini (ākāsānañcayatana) 1er arūpa jhāna
    Le monde matériel (raffiné) (rūpa loka)
27. Sans égal (akaniṭṭha) Pures demeures (suddhavasa), accessibles exclusivement aux anāgāmi et aux arahant. Les anāgāmi ne peuvent que renaître dans l’un de ces 5 plans, où ils finissent inévitablement par devenir arahant. Un être qui devientarahant juste au moment de la mort ne renait plus nulle part puisqu’il est dès cet instant libéré du cycle des renaissances. 4e jhāna
26. Clairvoyants (sudassī)
25. Splendides (sudassā)
24. Imperturbables (atappā)
23. Ceux qui ne tombent pas (avihā)
22. Sans conscience (asaññasatta) Êtres pourvus de corps, mais pas d’esprit.
21. Fructueux (vehapphāla) Les êtres de ces plans jouissent de béatitudes jhaniques.
20. Glorieux rayonnants (subhakiṇhā) 3e jhāna (degré supérieur)
19. Glorieux illimités (appamāṇasukā) 3e jhāna (degré moyen)
18. Glorieux limités (parittasukā) 3e jhāna (degré inférieur)
17. Radieux ruisselants (ābhassarā) 2e jhāna (degré supérieur)
16. Radieux illimités (appamāṇābhā) 2e jhāna (degré moyen)
15. Radieux limités (parittābhā) 2e jhāna (degré inférieur)
14. Grands brahmā(mahā brahmā) Un des habitants les plus célèbres de ce plan est « Le Grand Brāhma », une divinité dont l’illusion l’incite à se considérer comme le tout-puissant, créateur de l’univers. Selon une hypothèse, il serait à l’origine de la croyance du Dieu créateur des principales religions monothéistes. 1er jhāna (degré supérieur)
13. Ministres brahmā(brahmapurohitā) Les êtres de ces plans jouissent de béatitudes jhaniques. 1er jhāna (degré moyen)
12. brahmā de cortège (brahmavārisajjā) 1er jhāna (degré inférieur)
    Le monde sensuel [états heureux] (kāma loka [sugati])
11. deva ayant pouvoir sur la création des autres (paranimmitavasavattī) Ces deva apprécient les plaisirs sensoriels créés par d’autres pour eux. Mārā, la personnification de l’illusion et du désir vit ici. Les 10 actes bénéfiques (kusala),le développement de la générosité, de la vertu et de la sagesse.
10. deva se régalant dans la création (nimmānarati) Ces deva se régalent dans les objets des sens de leurs propres créations.
9. deva assouvis (tusitā) Un royaume de pur bonheur et de gaieté. Les Bodhisattas résident dans ce plan avant leur ultime naissance, elle, toujours dans le plan humain. Le prochain Bouddha Metteya vit actuellement ici.
8. deva Yāmā (yāmā) Ces deva vivent dans l’air, libres de toute difficulté matérielle.
7. deva Trente-Trois (tāvatiṃsā) Sakka, un dévot de Bouddha, règne dans ce domaine. De nombreux devavivent ici dans des demeurent ressemblant un peu à des palais suspendus dans l’espace.
6. deva des quatre grands rois (satumahārājika) Résidence des gandhabba, les musiciens célestes, et les yakkha,ceux qui vivent dans les arbres (sur terre) et qui ont différents niveaux de pureté morale. Ces derniers sont analogues aux gobelins, trolls, et fées des contes occidentaux.
5. Humains (manussa)
Renaître dans le plan humain est extrêmement rare. L’existence d’un être humain est également extrêmement précieuse, car la quantité de plaisir et de douleur est très équilibrée (comparée aux autres plans). Cette condition unique facilite grandement, en cas de pratique du Dhamma, le développement de la vertu et de la sagesse dans la mesure nécessaire pour se délivrer du cycle des renaissances.
Le développement de la vertu et de la sagesse.(Parvenir au premier stade de l’Accomplissement,sotāpatti, garantit de ne plus jamais renaître plus bas que le monde humain.)
    Le monde sensuel [états de déperdition] (kāma loka [apāya])
4. Démons (asūra) Ils s’adonnent à des conflits acharnés entre eux. Les 10 actes pernicieux (akusala).
3. Fantômes (ou esprits affamés) (peta) Ce sont des esprits malheureux qui errent désespérément, cherchant en vain à assouvir leur faim constante.
2. Animaux (tiracchāna) Ce plan inclut toutes les formes non-humaines de vie qui nous sont visibles (à l’aide d’un microscope pour les plus petits) dans les circonstances ordinaires : mammifères, reptiles, insectes, poissons, oiseaux, vers, acariens, etc. Les 10 actes pernicieux (akusala),se comporter comme un animal.
1. Enfers (niraya) Les êtres du plan infernal expérimentent d’inimaginables souffrances et angoisses. Ne pas confondre avec l’enfer éternel décrit par certaines religions, car même si la vie en enfer dure généralement très longtemps, elle reste temporaire, à l’instar de tous les autres plans. Les 10 actes pernicieux (akusala),tuer l’un de ses parents,tuer un arahant,blesser un Bouddha,créer un schisme dans la communauté monastique (saṃgha),

provoquer la querelle,

être nuisible aux autres.

 Source: Dhammadana