Dukkha

Il n’y a pas de mot anglais ou français qui rende avec précision toute la profondeur, l’étendue et la subtilité sémantique de ce crucial terme Pali de dukkha. Les traducteurs des passages cités dans ces pages ont utilisé diverses traductions du mot (« stress, » « insatisfation, » « souffrance, » etc.) pour tenter d’en toucher le coeur. Il vaut peut-être mieux ne pas être trop à l’aise avec une seule traduction spécifique de dukkha, puique la tendance de l’ensemble des enseignements du Bouddha est d’élargir et d’approfondir continuellement notre compréhension de la nature de dukkha. Voici une méthode utile pour évaluer au pif: dès que vous pensez que vous avez trouvé la meilleure traduction pour dukkha, repensez-y: car peu importe comment vous décrirez dukkha, le sens de ce mot en sera toujours plus grand, plus subtil, et plus insatisfaisant que ce que vous avez trouvé.

La définition

la naissance est souffrance, la vieillesse est souffrance, la maladie est souffrance, la mort est souffrance, être associé avec ce qui est déplaisant est souffrance, être séparé de ce qui est plaisant est souffrance, en bref l’attachement aux cinq khandhas est souffrance.

SN 56.11 [Dhammacakkappavattana Sutta]


 

L’enseignement de Sariputta

En quoi consiste, mes amis, la vérité pure du désagrément (dukkha) ? La naissance est un désagrément, le vieillissement est un désagrément, la mort est un désagrément, le chagrin, les lamentations, la douleur, l’insatisfaction et le désespoir sont des désagréments, ne pas avoir ce qu’on souhaite est un désagrément. En résumé, les cinq ensembles saisis sont des désagréments.

En quoi consiste la naissance (jāti), mes amis ? La naissance de tel ou tel être dans telle ou telle catégorie d’êtres, la naissance complète (quand les facultés sont complètement développées), la descente (dans le sein ou dans l’œuf), l’émergence (dans la moisissure), l’émergence complète (de ceux qui naissent par apparition), la manifestation des ensembles (khandha) et l’obtention des domaines (āyatana), voilà ce qu’on désigne par naissance.

En quoi consiste le vieillissement (jarā), mes amis ? Pour tel ou tel individu dans telle ou telle catégorie d’êtres, la vieillesse, la décrépitude, les dents brisées, les cheveux gris, les rides, la diminution de la durée de vie et la détérioration des facultés, voilà ce qu’on nomme vieillissement.

En quoi consiste la mort (maraṇa), mes amis ? Pour tel ou tel individu dans telle ou telle catégorie d’êtres, le décès, le départ, l’effondrement, la disparition, le trépas, le mort, la fin, la destructions des ensembles et le rejet du corps, voilà ce qu’on appelle mort.

En quoi consiste le chagrin (soka), mes amis ? Quand on est affecté par la perte (d’un proche, de la santé, des biens, etc.) ou frappé par quelque malheur, le chagrin, la peine, la tristesse la détresse et la dépression, voilà ce qu’on appelle chagrin.

En quoi consistent les lamentations (parideva), mes amis ? Quand on est affecté par quelque perte ou frappé par quelque malheur, les gémissements, les lamentations, les plaintes, les jérémiades, les geignements et les cris de douleur, voilà ce qu’on nomme lamentations.

En quoi consiste la douleur (dukkha), mes amis ? Les douleurs physiques, les gênes physiques, les douleurs et les gênes qui résultent de coups sur le corps, voilà ce qu’on nomme douleur.

En quoi consiste l’insatisfaction (domanassa), mes amis ? Le mal-être mental, les souffrances et le mal-être qui naissent de ressentis affectant la faculté cognitive (manas), voilà ce qu’on appelle insatisfaction.

En quoi consiste le désespoir (upāyāsa), mes amis ? Quand on est affecté par quelque perte ou frappé par quelque malheur, le découragement, le désespoir, l’abattement et l’accablement, voilà ce qu’on nomme désespoir.

En quoi consiste, mes amis, le désagrément de ne pas avoir ce qu’on souhaite ? Les êtres qui ont pour nature de naître, de vieillir, de tomber malades, de mourir et qui sont sujets au chagrin, aux lamentations, aux douleurs, à l’insatisfaction et au désespoir, formulent l’un des souhaits suivants : “Ah ! puissions-nous ne pas être sujets à la naissance, puisse la naissance ne pas nous atteindre !” ou “Ah ! puissions-nous ne pas êtres sujets au vieillissement… à la maladie… à la mort… au chagrin, aux lamentations, aux douleurs, à l’insatisfaction et au désespoir ! puissent ces malheurs ne pas nous atteindre !” Mais on n’atteint pas ces résultats avec des souhaits. Ne pas obtenir ce qu’on souhaite est un désagrément.

Quels sont en résumé, mes amis, les cinq ensembles saisis (upādānakkhandha) désagréables ? L’ensemble des apparences physiques saisies (comme moi ou comme miennes), l’ensemble des ressentis saisis, l’ensemble des perceptions saisies, l’ensemble des activités mentales saisies et l’ensemble des états de conscience saisis, voilà ce qu’on désigne comme les cinq ensembles saisis désagréables. Telle est, mes amis, la vérité pure du désagrément.

MN 141 [Saccavibhanga Sutta ]


 

 

Une définition contemporaine:

Le dérangement, l’irritation, le rejet, le souci, le désespoir, la peur, la crainte, l’angoisse, l’anxiété; la vulnérabilité, les blessures, l’incapacité, l’infériorité; la maladie, le vieillissement, la dégradation du corps et des facultés, la sénilité; la douleur/le plaisir; l’excitation/l’ennui; la privation/l’excès; le désir/la frustration, la suppression; ambition/manque de but; espoir/désespoir; effort, activité, effort/répression; perte, manque, insuffisance/satiété; amour/désamour, amitié; répugnance, aversion/attraction; parenté/être sans descendance; soumission/rébellion; décision/indécision, atermoiement, incertitude.

Francis Story in Suffering, in Vol. II of The Three Basic Facts of Existence (Kandy: Buddhist Publication Society, 1983)


 

 

Seulement dukkha

« Que ce soit anciennement ou que ce soit aujourd’hui, je ne décris rien d’autre que dukkha, ainsi que la cessation de dukkha. »

SN 22.86 [Anuradha Sutta]

3 sortes de souffrances

En une occasion, āyasmā Sāriputta séjournait au Magadha, au village de Nālaka. En cette occasion, Jambukhādaka le renonçant vint voir āyasmā Sāriputta et, à son arrivée, échangea avec lui des saluations courtoises. Après cet échanges de salutations amicales et de courtoisies, il s’assit d’un côté. Alors qu’il était assis là, il dit à āyasmā Sāriputta:
– « Souffrance, souffrance » entend-on dire, ami Sāriputta. Mais qu’est-ce, ami, que la souffrance?
– Il y a, ami, ces trois états de souffrance. La souffrance dûe à la douleur, la souffrance dûe aux pénomènes construits, la souffrance dûe au changement. Voici, ami, quelles sont les trois souffrances.
– Oui, ami, il y a un sentier, il y a une voie pour l’abandon de ces états de souffrance.

 

– Et quel est le sentier, ami, quelle est la voie pour l’abandon de ces états de souffrance?
– Il y a, ami, cet octuple noble sentier pour l’abandon de ces états de souffrance, c’est à dire: vue correcte, intention correcte, parole correcte, action correcte, moyens d’existence corrects, effort correct, attention correcte et concentration correcte. Voici, ami, quel est le sentier, quelle est la voie pour l’abandon de ces états de souffrance.
– Le sentier est excellent, ami, la voie pour l’abandon de ces états de souffrance est excellente. Et c’est suffisant, ami Sāriputta, pour le zèle.

SN 38.14 [Dukkhapanha Sutta]